samedi 28 décembre 2013

Photographier la guerre

Du 6 octobre au 16 novembre 2013, Place Jean Jaurès, devant la Halle aux Grains et la Bibliothèque Abbé Grégoire.

Cette exposition en plein air, installée au cœur du festival et conçue par Sophie Bernard, rédactrice en chef d’Images magazine, se propose de retracer, en une trentaine d’images, un parcours dans le photojournalisme  de guerre depuis Robert Capa et la Guerre d’Espagne. Elle entend présenter l’évolution du genre, dans la prise de vue mais aussi dans les sujets photographiés, tant les actes de guerre que les à-côtés.


Photographier la guerre est aussi un moyen d'en rendre compte, et par là même, de raconter des histoires...


Espagne 1936



France 1944

Algérie 1960

Vietnam 1967

Biafra, Nigéria 1968 -  Israël 1967

Iran 1981

Koweït 1991

Irak 1991

Liberia 1996

Tchétchénie 2000

Etats-Unis 2001

Libye 2011



Ces photos semblent parler d'elles-mêmes...





Marion Touillet et Anne Thibault.



vendredi 20 décembre 2013

Histoires d'Armes, de l'âge du bronze à l'ère atomique.

                                                                                                    
Cette exposition se déroulait au Château royal de Blois, elle a vu le jour grâce au Musée de l'Armée.












Opération Serval.


     Cette exposition a été rendue possible grâce à l'Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense. Ces photos nous permettent de voir les soldats dans leur quotidien.










          












Une pensée pour tous les soldats français tombés au Mali.

L'Art Militaire à travers les siècles, Carthage, Waterloo, Verdun.

                     Cette exposition nous était présentée au 3ème étage de la bibliothèque Abbé Grégoire. A travers celle-ci, nous pouvions retrouver les différentes façons de représenter la guerre.

Bataille de Mont-Saint-Jean, plus connue sous le nom de Waterloo
Illustration issue du journal "La baïonette", montrant les français allant au combat.
Illustrations issues du journal "La baïonette", ou l'on voit un pacifiste tentant d'arrêter les obus et une "munitionette".

Y a-t-il une science de la Guerre ?

                 Conférence animée par Alessandro Barbero, professeur à l'université du Piémont Oriental, Gérard Chaliand, spécialiste de l'étude des conflits armés et des relations internationales et stratégiques, Jean Lévi, spécialiste de la Chine et directeur de recherche au CNRS ainsi que Giusto Traina, professeur à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Mr Traina a été le premier à prendre la parole pour tenter de répondre à cette question. Pour lui, nous pouvons parler d'un art de la guerre inculqué aux jeunes aristocrates de l'antiquité afin qu'ils puissent entrer dans la société. L'époque hellénistique apporte un changement dans l'art de la guerre, si ce dernier conserve son sens aristocratique, les différents changements sociaux amènent les citoyens dans l'apprentissage de cet art. On peut dès lors observer une mécanisation progressive de la guerre avec le développement de machines de sièges (poliorcétique) et une augmentation du mercenariat. Les différents traités de stratégies de la période ancienne se concentrent sur les machines, notamment celles de jets. S'il existe à partir de cet instant une formation à l'usage de ces différentes machines, on ne peut cependant pas parler d'une science de la guerre mais d'une technique militaire particulière.

Mr Lévi pense quant à lui que la guerre regroupe des réalités diverses avec ses différents moyens et ses conséquences. Ainsi les guerres archaïques ne sont pas comparables avec les guerres médiévales. La science peut être entendue comme un ensemble de compétences, la guerre est une technique et le maniement des armes est appris à toutes les époques. En Chine, on retrouve des réflexions stratégiques et des ouvrages techniques. Il existe des ouvrages qui expliquent comment détourner les fleuves afin d'inonder une ville. Il existe également des traités de divinations, beaucoup de dirigeants sont d'ailleurs des spécialistes des arts divinatoires et oraculaires. La guerre vue par les chinois se gagne par la connaissance de l'adversaire, pour cela il faut user d'espionnage, de subversion et même de l'élimination du personnel compétent afin de couper la tête de l'adversaire.

Selon Mr Barbero, les spécialistes ont longtemps pensé que les guerres médiévales étaient irréfléchies. Mais les batailles mal conduites existent à toute époque. On peut observer un certain respect des combattants, la guerre est une affaire de ruse et d'expérience. On observe l'émergence d'une psychologie des combattants. Si le conseil de guerre est discrédité par Napoléon, qui prend toutes les décisions en tant que chef de l'armée, il n'en est pas de même au Moyen-Age où il faut discuter.


Pour Mr Chaliand, le modèle du héros est véhiculé à travers l'épopée. La guerre est une activité humaine qui s'est toujours pratiquée et qui se pratiquera toujours. La guerre s'est ritualisée, théorisée par Clausewitz. Les guerres d'aujourd'hui sont irrégulières et les grands pays ne s'affrontent pas par peur d'une guerre nucléaire. La tactique de la guérilla affaiblit l'armée régulière comme les Français l'ont constatée en Indochine. Le secret est de s'adapter à la façon de combattre de l'ennemi, le comprendre. Dès les premières heures de l'humanité, la chasse représente l'apprentissage de la guerre, mais c'est en faisant la guerre qu'on apprend comment elle se fait.  

La statuaire publique sous l'Occupation

             Conférence présentée par Matthieu Chambrion, conservateur du patrimoine, chercheur à la direction de l'inventaire du patrimoine de la Région Centre en charge de l'opération d'inventaire « Statuaire et monuments publics en Région Centre ».

La création des statues commence par l'élaboration par l'artiste d'une esquisse en terre, moulée en plâtre. Ce moule est ensuite agrandit pour donner un plâtre à l'échelle et qui sera ensuite fait en bronze. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la ligne de démarcation passe en région Centre. Cependant, le sort des statues est identique dans toute la France. Pendant l'été 1941, l'Allemagne demande des matières premières dont du cuivre, ce cuivre dont sont composées les statues. La loi du 11 octobre 1941 amène la réquisition des bronzes de la statuaire publique. Des commissions départementales sont constituées pour déterminer les statues sans intérêt artistique ou historique. Selon Vichy, seules les statues des gloires nationales incontestables comme Jeanne d'Arc, Henry IV, Louis XIV et Napoléon doivent être conservées. Les statues servent à fondre des balles, Vichy disait qu'il s'agissait du salut public et national. Plus de trois millions de kilos de cuivre sont récupérés des statues et vingt millions de kilos dans la viticulture (alambic, sulfate de cuivre). Les belges choisissent de faire fondre leur cloches. Les documents d'archives rendent compte de tableaux, de listes, de correspondances qui expliquent les causes pour garder certaines statues, les comptes-rendus de pesée qui servent à la ville pour se faire payer. Chaque kilo de cuivre vaut trente francs. Une loi de juin 1940 interdisait de photographier ou de filmer dans les villes, les rares vidéos ou photos qui montrent le démontage des statues sont donc prises clandestinement. Une fois les statues enlevées, on en fait un moulage en plâtre. Il y a des disparités selon les villes, Chinon parvient à conserver tous ses bronzes, Orléans en perd la moitié alors que la ville de St Christophe sur le Nais perd la totalité de ses bronzes. L’État redonne des moulages ou des sculptures en pierre pour remplacer les statues en bronze. Certaines statues sont refaites mais pas sur la base du moulage effectué.


Pour conclure, l'Occupation fait perdre à la France beaucoup d’œuvres d'art. Cependant, grâce au courage de certains, d'autres ont été cachées et sauvées. 

Le Mali, un enjeu stratégique.

                    Conférence avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et Natalie Nougayrède, directrice du journal Le Monde.

Mr Le Drian commence par rappeler que les soldats français se battent au corps à corps dans le nord du Mali, certains y ont même laissé la vie. Les soldats au sol reçoivent l'aide des avions Rafale et des drones qui leur communiquent des images. Le service historique de la Défense fournit des cartes détaillées aux militaires.

Mme Nougayrède : Lorsque l'on parle de la guerre en France il y a une notion humanitaire d'aide aux populations civiles en périls. L'argument humanitaire est le plus convaincant pour la population et le plus facile à porter pour les politiques. L'intervention au Kosovo est présentée comme humanitaire. Cependant, les enjeux de sécurité et de stabilisation de cette partie de l'Europe ont été moins étalés. L'intervention au Mali devait servir à porter secours à des populations mais également à sécuriser des affaires. La France dit être prête à intervenir en Syrie pour limiter l'utilisation des armes chimiques, le vocabulaire moins humanitaire a compliqué la situation vis à vis de la population.

Mr Le Drian : La France n'est pas prête à engager la vie de ses soldats dans une opération humanitaire. De multiples déclarations ont été faites pour faire stopper les massacres en Syrie, l'opinion publique n'a jamais été favorable à une intervention strictement humanitaire. L'utilisation d'armes chimiques est une attaque aux principes fondamentaux de vie sur la planète. Une opération est donc en cours pour détruire tout le matériel chimique. Pourquoi la France ? Car elle fait partie du Conseil de Sécurité de l'ONU et parce que nous avons les moyens de le faire. Sur le même territoire, il y a une guerre civile et des fondamentalismes qui entrent en jeu. Mr Hollande dit avoir gagné la guerre au Mali, le mot guerre est mal vu, nous avons remporté la victoire car nous avons rempli les objectifs que nous nous étions fixés, à savoir : arrêter les djihadistes, retrouver l'intégrité territoriale du Mali et aider la démocratie à se relever. Il y a trois conditions pour déclarer la guerre, la légitimité de l'action (une action engagée correspond à la charte des Nations Unies), l'aspect moral de l'action et enfin la sécurité. La guerre n'est pas un acte ni technique, ni médiatique, elle engage la nation.

Mme Nougayrède : La France est une gardienne du temple de l'ONU, elle serait d'accord pour renoncer au droit de veto selon Laurent Fabius.

Mr Le Drian : Le problème du droit de veto est qu'il nous empêche d'agir. Le chef de l’État peut être amené à prendre des décisions sans tenir compte de l'avis de la nation. La France a des capacités comme la dissuasion nucléaire, nous étions seuls au Mali au début, mais nos capacités nous ont permis d'imposer nos obligations.

Mme Nougayrède : La France n'a t-elle pas agit car il s'agissait d'une ancienne colonie ?


Mr Le Drian : Nous sommes intervenus suite à un appel au secours des autorités maliennes.

Histoires d'armes, de l'âge du bronze à l'ère atomique.

               Cette conférence était animée par Françoit Cochet, professeur des universités, François Lagrange, Christophe Larribère, Olivier Reneaudeau et Jean-Marie Van Hove.

François Cochet travaille sur les prisonniers de guerre, les soldats sans armes. Car c'est bien la possession d'une arme qui caractérise le fait d'être un soldat, l'arme est un outil de survie. Ce qui ramène à des questions philosophiques comme la nécessité de tuer pour éviter d'être tué. Le but de la guerre est de tuer pour gagner. La possession d'une arme est liée à la condition militaire, à la mort donnée et reçue. Un rapport au sacré s'institue à travers l'arme. La brutalisation des champs de bataille amène une réflexion sur les armes, sur les rapports entre les soldats et leurs armes. Les armes ont une mauvaise image en France alors qu'il s'agit d'un outil. On doit comprendre comment elles ont évolué. Les bureaux d'études conçoivent les armes, leur fabrication soulève des questions économiques. Dans certains cas, les armes deviennent des emblèmes nationaux, on retrouve une kalachnikov sur le drapeau du Mozambique. En premier lieu, l'arme doit être fiable, mais il y a également son utilisateur. Les manières dont les utilisateurs parlent de leurs armes sont très intéressantes. Un soldat qui va être fait prisonnier préfère briser son arme plutôt que de la laisser à l'ennemi. Olivier Reneaudeau est spécialiste des armes anciennes et il établit le constat qu'il y a peu de différences entre les armes anciennes et contemporaines. On observe une constante du combat au corps à corps, les combattants se battent comme ceux de l'époque néolithique. Le combat oppose également différentes classes sociales, les cavaliers qui doivent payer leur équipement combattent les fantassins qui sont souvent issus des classes modestes. Les combattants roturiers doivent trouver des techniques de combat pour résister aux impacts tant physiques que psychologiques des cavaliers. Le corps d'infanterie doit être compact, utiliser des piques pour lutter contre les chevaux. A partir de cet instant, un renversement social s'opère, les fantassins prennent le pas sur les cavaliers. Ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle que les armes à feu prennent forme au niveau tactique. Les armes à feu sont moins chères que les arbalètes et elles ne changent pas l'exercice de la guerre. Néanmoins, l'artillerie utilisée contre l'infanterie ouvre la voie à de nouvelles techniques. Certaines armes expriment l'appartenance sociale de leur propriétaire, les armes ornées et décorées.


Pour Mr Cochet, certaines armes ont mauvaise réputation. A partir de cet instant se pose la question de la fiabilité, les français n'aiment pas les fusils mitrailleurs chauchat. A l'inverse, les soldats donnent des surnoms à certaines armes dans lesquelles ils placent leur confiance. Les soldats français en Algérie étaient rassurés d'entendre les tirs des canons de 12,7mm. On peut donc constater le niveau de perception mentale qu'ont les armes sur les combattants. Pour Mr Reneaudeau, l'arbalète permet une meilleure visée car elle permet de prendre son temps pour viser. Cette arme rompt les privilèges sociaux, un roturier peut tuer un noble à 200 mètres. Si ces armes sont dépréciées pour les combats entre chrétiens, elles sont autorisées pour combattre les infidèles. On observe les mêmes reproches faits à l'arquebuse au début de son utilisation. Les cavaliers s'équipent au fur et à mesure de pistolets puis de carabines. Mr Larribere évoque à présent la Kalachnikov comme étant l'arme du XXème siècle, elle est devenue une icône populaire. Cette arme a été conçue pour être fiable et simple d'utilisation afin d'être utilisée par un maximum de personnes. Mr Van Hove fait remarquer qu'il s'agit d'une arme extrêmement robuste et tant que l'on continuera à utiliser ce type de munition que sont les balles chemisées, les kalachnikovs ne cesseront pas de fonctionner. Mr Cochet rappelle que les kalachnikovs sont des répliques des STG 44 allemands, qu'elles sont l’icône de la guerre froide et également qu'elles renvoient à l'implosion de l'URSS et à l'ouverture et à la propagation du stock soviétique qu'il y a eu par la suite. Ces armes ont une image symbolique forte, c'est l'arme par excellence de la guérilla et des conflits asymétriques. 

De la guerre comme affrontement historiographique

                Cette conférence nous a été présentée par Damien Baldin de la Mission de Centenaire de la Première Guerre Mondiale, André Loez, professeur en classes préparatoires à Paris et membre du CRID 14-18, Nicolas Mariot, chargé de Recherches au CNRS, Hervé Mazurel, maître de conférence à l'université de Bourgogne et Emmanuel Saint-Fuscien, maître de conférence EHESS.


Pour Damien Baldin, il faut faire une histoire culturelle de la Grande Guerre. Pour André Loez, l'histoire sociale a supplanté l'histoire culturelle. Les travaux des années 70 sur la Grande Guerre sont des thèses d'histoires sociales. Par la suite on observe des interrogations sur la vie après la bataille, le deuil et la souffrance. Mr Saint-Fuçien utilise une étude de cas sur les tribunaux militaires qui font respecter l'autorité des chefs vis-à-vis des soldats du rang. Il s'agit donc d'une justice de classe tempérée par l'expérience guerrière. Les différents registres de langage et les insultes font ressortir l'origine sociale. Il s'agit donc d'évoquer les relations de pouvoir et d'autorité dans lesquelles sont placés les soldats. André Loez rappelle que c'est la relation avec l'arrière qui permet aux soldats de tenir. Hervé Mazurel rapporte les propos de Marc Bloch : « toute histoire est sociale ». Dans les années 70, l'histoire économique et sociale connaît une crise, le lien social est très important, on étudie la vision des hommes par rapport à des phénomènes comme la mort. Au XIXème et au XXème siècles, l'Europe fait la guerre et l'exporte aux autres. Il y a une rencontre entre les guerriers et leurs différentes cultures. Chaque société a sa manière de combattre et a son modèle de guerrier. L'histoire culturelle ne peut pas se laisser réduire à une histoire des représentations. Pour Nicolas Mariot, il s'agit d'étudier les mêmes matériaux mais de les analyser de manières différentes. Le travail est donc différent. On peut observer un glissement du groupe vers l'individu. Pour André Loez, la guerre est le moment pour faire de l'histoire sociale car elle produit des sources. La guerre révèle des choses qui sortent du commun, mais permet également de voir des choses qui semblent ordinaires à l'homme. Hervé Mazurel tient cependant à rappeler que de nombreuses données sont à prendre en compte comme l'appartenance relationnelle, politique ou encore territoriale. 

L'Europe et la Guerre

                   Cette conférence nous a été présentée par Pierre Verluise, docteur en géopolitique. La guerre renvoie à la violence, au sang, aux armes, aux blessés mais également à l'ensauvagement. En effet, cette dernière fait ressortir la dimension brutale présente en chacun d'entre nous. L’Europe connaît la guerre car c'est elle qui a façonné les différents territoires, les différents États, il s'agit également du théâtre des deux guerres mondiales. La guerre forge l'industrie. Le Bosphore est une limite géographique de l'Europe, les différents pays qui occupent cet espace passent des alliances et se trahissent et ainsi de suite. Les européens construisent l’Europe communautaire afin de préserver la paix. Cependant, les massacres en Yougoslavie dans les années 90 montrent que les européens sont incapables de faire respecter leurs valeurs sur le continent. En 1992, l'Europe occidentale s'unit autour de la déclaration de Petersberg qui fixe le contour des opérations militaires et qui a pour but de maintenir la paix. Le 4 juin 1999, une politique européenne de sécurité et de défense est mise en place. En 2003 une stratégie européenne de sécurité est établie, en 2013 on dénombre 27 opérations de l'Europe de la défense sur trois continents. Cependant, il s'agit en majorité d'opérations plus civiles que militaires. La première opération autonome de l'Union Européenne (EUPHORE ARTEMIS) se déroule au Congo et implique 2000 hommes. L'Union Européenne se donne quand même pour limite de n'intervenir qu'avec l'accord de l'ONU. L'Union Européenne a réussi a créer une puissance à travers la norme commerciale et sanitaire. Cependant, cette norme ne suffit pas à faire la puissance au sens géopolitique. L'Union Européenne est née sur un continent engagé dans de nombreuses guerres, les pays membres ont compris que la puissance par la voie militaire n'est pas la meilleure option. Elle s'interdit de faire appel à l'outil militaire, elle préfère le compromis et la coopération.


L'Union Européenne refuse d'envisager les menaces présentes sur Terre, et donc de mettre en œuvre les moyens de les contenir. Elle rêve d'une paix perpétuelle entre ses membres et avec le reste du monde et renonce volontairement à la politique de puissance. 

Clausewitz, la France et la guerre.


                   Cette conférence nous a été présentée par le colonel Durieux qui a fait sa thèse sur : Clausewitz en France 1807-2007. Son intervention débute par une question : Qu'est ce que la guerre ? Afin de répondre à cette question qui porte de nombreux sens, il s'agit de réfléchir sur la conception de la guerre depuis 200 ans. Aborder la guerre c'est dans un premier aborder son concept. Avant de commencer il est nécessaire de dire que Clausewitz a été très commenté, critiqué et étudié. Il est intéressant de l'étudier car il possède trois caractéristiques importantes : c'est un soldat qui connaît le combat, qui est officier à l'âge de 13 ans, c'est également un observateur et un témoin du monde politique car il est l'aide de camp du Prince Auguste de Prusse, pour finir, il s'agit d'un observateur de la guerre qui change. En effet, la guerre réglée laisse sa place à la guerre des peuples. Clausewitz est un théoricien qui passe à l'académie de guerre de Berlin de 1801 à 1804 et qui en sera le directeur administratif de 1818 à 1830. Il meurt en 1831 en campagne après avoir contracté le choléra.

Sa pensée peut être concentrée en trois thématiques, l'analyse de l'affrontement militaire à travers le rôle de l'homme dans la guerre, l'analyse de ce que doit être la guerre en relation avec son environnement politique et le rôle des passions dans la guerre. Clausewitz révèle l'histoire de notre pensée sur la guerre et les peurs stratégiques qui ont marquées son histoire. Les guerres napoléoniennes ont brisé l'élan d'une réflexion sur la guerre qui se renouvelait. L'idée du concept d'incertitude, l'importance du moral, tout tourne autour des guerres napoléoniennes dont Clausewitz est un historien. La peur de la défaite militaire de 1871 a été le fil conducteur de la pensée de la guerre jusqu'en 1930. Clausewitz joue trois rôles pour les lecteurs qui le citent ou l'instrumentalisent, il est le représentant de l'école allemande de la guerre, le commentateur des campagnes napoléoniennes et le professeur en énergie guerrière que l'on cherche à s'accaparer. Les français associent la défaite de 1870 au manque de persévérance, Clausewitz est le révélateur de l'opinion publique sur la guerre. A partir de 1887, il trouve sa place dans les cours de stratégie et on observe une traduction importante de ses œuvres. A partir de 1918, Clausewitz est critiqué, on fait le procès de l'école de guerre et on condamne le Clausewitz militaire. A partir des années 30, on observe une peur de la guerre incontrôlable, le Clausewitz des forces morales disparaît. Peut on distinguer guerre et politique ? Les marxistes réintroduisent Clausewitz à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l'utilisent pour penser la guerre dans la société. A partir de la réflexion de Clausewitz naissent de nouvelles thématiques, Raymond Aaron qui définit la violence physique comme le caractère discriminant de la guerre, mais également ce que doit être la guerre, les moyens de la limiter... Le concept de guerre limitée de Clausewitz est condamné par l'apparition de la guerre nucléaire.


Depuis 1990, on observe un retour de l'incertitude autour de la guerre, un renouveau clausewitzien très étudié après la guerre du Vietnam. Cette incertitude montre que le débat clausewitzien n'est pas clos et relance les débats sur les différentes stratégies en Europe et aux USA. Se pose également la question du rôle de la technologie dans la guerre. La guerre cybernétique est elle une vraie guerre ? Clausewitz met en garde contre les excès de la guerre, ces guerres qui peuvent être limitées et même évitées. 

mercredi 18 décembre 2013

Les prisonniers de guerre allemands en France (1944-1948)



France Inter en direct et en public des Rendez-vous de l’histoire de Blois à l’auditorium de la Bibliothèque Abbé Grégoire.

La Marche de l’histoire, de Jean LEBRUN. Vendredi 11 octobre à 13h30.

Invité : Fabien  Théofilakis
      La question des prisonniers de guerre allemands  durant la Seconde Guerre mondiale est relativement peu évoquée. Pourtant,  ils furent près d’un million d’hommes à être détenus en captivité en France. Il s’agissait d’ailleurs pour le général De Gaulle d’ « une question capitale », dont il était bon de se servir comme d’un objet d’expiation, de reconstruction mais aussi de rapprochement.
      Dans sa démarche historiographique sur le sujet, M. Théofilakis s’est appuyé sur des archives départementales et municipales, ainsi que sur le témoignage d’anciens prisonniers de guerre allemands. Les plus jeunes prisonniers avaient alors entre douze et quinze ans. Un documentaire a été spécialement réalisé sur eux par Georges Guillot pour la télévision française.  C’est à travers les témoignages que l’on remarque la très grande diversité des vécus de guerre : car le plus le soldat était jeune à l’époque et plus la captivité a été vécu difficilement. Pour certains, l’arrivée des soldats américains fut vécue comme une rupture, une perte de repère, surtout à travers la vision de soldats afro-américains.
      La capture et l’organisation concernant les prisonniers de guerre allemands se sont fait progressivement, les Français n’ayant pas eu le temps de prévoir un cas de figure aussi extrême : en 1944 en Sologne, 18 000 soldats allemands se sont rendus aux F.F.I, qui les remettent aux Américains. Au départ 120 camps français  seulement sont prévus pour accueillir les prisonniers. En raison de leur nombre grandissant  (près de 3000 prisonniers supplémentaires entre la mi-août et septembre 1945), les Français, dépourvus face à la situation, sont obligés de réquisitionner tous les camps d’internement autrefois prévus pour les déportés. Dans la pagaille ambiante, la convention de Genève de 1929 qui impose des normes pour la gestion des prisonniers concernant la nourriture où le logement n’est évidemment pas respecté et certains soldats allemands capturés devaient vivre dans des conditions insalubres.
      A la fin de la guerre, le pic des deux millions de prisonniers de guerre allemands est atteint. Les camps ont alors pour vocation d’être évacué et les prisonniers sont utilisés pour travailler sur les routes, les voies ferrées, afin de participer à la reconstruction de la France. Les prisonniers allemands sont envoyés en priorité sur les terrains à déminer, où ils risquent leur vie à chaque seconde.  Face à la question morale que cela soulève par rapport à la convention de Genève, Raymond Aubrac s’écrie : « Ce n’est pas moral, c’est légitime ». De ce fait, 5000 prisonniers allemands sont morts dans ces chantiers de déminage, contre 500 victimes du côté français.
      Une campagne de prévention est lancée à la fin de l’année 1945 par la Croix rouge pour améliorer les conditions de vie des prisonniers de guerre allemands. Un de leur slogan est : « Si on ne fait rien, 200 000 prisonniers sont voués à la mort ».  C’est un enjeu politique essentiel puisqu’il s’agit  de sauver le prestige de la France en montrant au monde entier que les prisonniers de guerre sont bien traités.
       La question de la foi n’est pas oubliée puisqu’une mission est confiée à un prêtre allemand afin de former des séminaristes dans les camps allemands, pour qu’ils deviennent prêtres  de retour en Allemagne. Cette formation, qui est appelé « le séminaire des barbelés », va former environ 950 prisonniers de guerre allemands.
    Les opinions d’alors sont très divergentes concernant ces prisonniers : dans l’opinion publique, la rancœur est toujours présente, les prisonniers coûtent trop cher à la France en nourriture. Dans la presse, les prisonniers de guerre sont conçus comme les pionniers du rapprochement allemand. Le parti communiste voit les choses d’une façon très négative : la méfiance est toujours présente et les communistes auraient voulu une sortie de guerre beaucoup plus radicale.
       A la fin de l’année 1945 jusqu’au début de l’année 1946, s’organise la sortie des camps. Des commandos de travail sont mis en place, ce qui établit un contact nouveau entre les prisonniers allemands et les Français, une relation du quotidien. La trop grande liberté des employeurs français a engendré des cas extrêmes : soit une fraternisation interdite, soit une exploitation des ouvriers allemands, voire de l’esclavage.
         En 1947, le gouvernement propose le départ des prisonniers de guerre allemands, avec le choix de rester en France pour ceux qui le souhaite, avec le statut de « travailleur civil libre». Environ 140 000 prisonniers allemands ont choisi ce statut. Cette idée de transformer une main d’œuvre captive en main d’œuvre libre est pensée dès 1945. Ces travailleurs libres peuvent adhérer aux syndicats mais ils n’ont pas le droit de grève. Ce sont ces prisonniers qui vont devenir la tête de pont d’une immigration allemande de près d’un million et demi de personne.

                Fabien Theofilakis et Jean Lebrun nous éclaire sur cette question méconnue des prisonniers de guerre allemands en 1945. A travers leur histoire, il nous livre les clés pour comprendre les relations franco-allemandes qui se renforcent dès les années  1950.

Anne Thibault, Marion Touillet et Alexandra Buron.

"Enseigner la guerre"



           Enseigner l’histoire de la guerre ou la guerre dans l’histoire, telle est la question à laquelle vont tenter de répondre nos trois intervenants en direct de l’Hémicycle de la Halle aux Grains devant un public non seulement composé de professeurs comme nous aurions pu le présager mais également d’étudiants passionnés d’histoire qui se destinent peut-être à ce métier.

L’histoire de la guerre est de prime abord, indéniablement liée à celle des relations entre Etats dès la fin du XVIIIème siècle nous expliquent Tristan Lecoq, inspecteur général de l’Education nationale. Dans un bref bilan, il retrace l’évolution des liens entre Etat et armée depuis la toute fin de la Guerre de Cent Ans avec le début de l’armée permanente jusqu’à la fin du XXème siècle avec le changement de nature militaire que prend la guerre : l’armée devient une armée de masse composée de civils conjuguée à une mobilisation matérielle. Dans un second temps, il fait le bilan de l’évolution des guerres des années 50 à nos jours ; guerres qu’il juge irrégulières ou asymétriques dans le sens où elles prennent désormais en compte la décolonisation et la dissuasion du nucléaire. La guerre prend sans cesse de nouveaux visages, posant le problème de sa légitimation. De guerre entre Etats, puis totales, elles deviennent peu à peu des moyens de montrer la légitimation d’un Etat à prendre son indépendance vis-à-vis d’un autre. Il en arrive à la conclusion que, encore aujourd’hui, notre système de défense est toujours en chantier et qu’aucune règle stricte à ce sujet ne reste établie.  

Olivier Chaline, professeur à l’université de Paris Sorbonne et spécialiste de l’histoire et de l’archéologie maritime, prend ensuite la parole pour partir sur un autre aspect du sujet : la guerre sur mer. Il montre que la mer, avec les routes que les hommes y ont suivies, suscite des convoitises. La mer est, explique-t-il, notamment un moyen d’atteindre l’économie ennemie par la procuration de poissons ou encore de métaux précieux. La guerre maritime prend toute son importance avec la guerre sous-marine de la Première Guerre Mondiale puisqu’elle permet le débarquement des alliés. La Deuxième Guerre Mondiale et la Guerre Froide marquent aussi des tournants dans l’histoire de la guerre maritime avec la présence du nucléaire sur les mers. La mer est aussi un lieu d’extraction des civils et le théâtre de frappes aériennes alors inconnues, comme l’attaque de Pearl Harbour. Il s’agit donc de trouver des armes toujours plus pointues pour faire la guerre et la mer devient alors un enjeu stratégique.

Enfin Olivier Forcade, professeur à l’université de Paris, soulève la question de l’enseignement de la guerre dans l’histoire au secondaire et dans le supérieur. De façon très claire et concise, il fait ce que l’on pourrait appeler un « cours pour les profs » en leur exposant les différentes étapes de l’enseignement de la guerre ; sujet parfois jugé difficile car complexe à comprendre dans son ensemble par les élèves. Il privilégie tout d’abord une approche au niveau national de la guerre (montrer comment une nation s’engage dans la guerre et comment celle-ci est ensuite perçue par une génération), avant d’élaborer une approche comparée des conflits (il s’agit notamment de comparer les cadres nationaux, factuels et juridiques ainsi que de voir les points en commun et les divergences des deux partis entrant en guerre). Il voit ensuite poindre une histoire transnationale (analyser les expériences des populations des deux pays frontaliers) pour terminer par une vision globale. Il inclue finalement une histoire collective des événements comme expression d’une époque puis, dans un second temps, une histoire de l’individu qu’il considère comme un exemple concret et de ce fait intéressant pour les élèves.



Marion Touillet et Margaux Degrenne.