Cette conférence était animée par Françoit Cochet,
professeur des universités, François Lagrange, Christophe
Larribère, Olivier Reneaudeau et Jean-Marie Van Hove.
François Cochet travaille sur les prisonniers de
guerre, les soldats sans armes. Car c'est bien la possession d'une
arme qui caractérise le fait d'être un soldat, l'arme est un outil
de survie. Ce qui ramène à des questions philosophiques comme la
nécessité de tuer pour éviter d'être tué. Le but de la guerre
est de tuer pour gagner. La possession d'une arme est liée à la
condition militaire, à la mort donnée et reçue. Un rapport au
sacré s'institue à travers l'arme. La brutalisation des champs de
bataille amène une réflexion sur les armes, sur les rapports entre
les soldats et leurs armes. Les armes ont une mauvaise image en
France alors qu'il s'agit d'un outil. On doit comprendre comment
elles ont évolué. Les bureaux d'études conçoivent les armes, leur
fabrication soulève des questions économiques. Dans certains cas,
les armes deviennent des emblèmes nationaux, on retrouve une
kalachnikov sur le drapeau du Mozambique. En premier lieu, l'arme
doit être fiable, mais il y a également son utilisateur. Les
manières dont les utilisateurs parlent de leurs armes sont très
intéressantes. Un soldat qui va être fait prisonnier préfère
briser son arme plutôt que de la laisser à l'ennemi. Olivier
Reneaudeau est spécialiste des armes anciennes et il établit le
constat qu'il y a peu de différences entre les armes anciennes et
contemporaines. On observe une constante du combat au corps à corps,
les combattants se battent comme ceux de l'époque néolithique. Le
combat oppose également différentes classes sociales, les cavaliers
qui doivent payer leur équipement combattent les fantassins qui sont
souvent issus des classes modestes. Les combattants roturiers doivent
trouver des techniques de combat pour résister aux impacts tant
physiques que psychologiques des cavaliers. Le corps d'infanterie
doit être compact, utiliser des piques pour lutter contre les
chevaux. A partir de cet instant, un renversement social s'opère,
les fantassins prennent le pas sur les cavaliers. Ce n'est qu'à
partir du XVIIème siècle que les armes à feu prennent forme au
niveau tactique. Les armes à feu sont moins chères que les
arbalètes et elles ne changent pas l'exercice de la guerre.
Néanmoins, l'artillerie utilisée contre l'infanterie ouvre la voie
à de nouvelles techniques. Certaines armes expriment l'appartenance
sociale de leur propriétaire, les armes ornées et décorées.
Pour Mr Cochet, certaines armes ont mauvaise réputation.
A partir de cet instant se pose la question de la fiabilité, les
français n'aiment pas les fusils mitrailleurs chauchat. A l'inverse,
les soldats donnent des surnoms à certaines armes dans lesquelles
ils placent leur confiance. Les soldats français en Algérie étaient
rassurés d'entendre les tirs des canons de 12,7mm. On peut donc
constater le niveau de perception mentale qu'ont les armes sur les
combattants. Pour Mr Reneaudeau, l'arbalète permet une meilleure
visée car elle permet de prendre son temps pour viser. Cette arme
rompt les privilèges sociaux, un roturier peut tuer un noble à 200
mètres. Si ces armes sont dépréciées pour les combats entre
chrétiens, elles sont autorisées pour combattre les infidèles. On
observe les mêmes reproches faits à l'arquebuse au début de son
utilisation. Les cavaliers s'équipent au fur et à mesure de
pistolets puis de carabines. Mr Larribere évoque à présent la
Kalachnikov comme étant l'arme du XXème siècle, elle est devenue
une icône populaire. Cette arme a été conçue pour être fiable et
simple d'utilisation afin d'être utilisée par un maximum de
personnes. Mr Van Hove fait remarquer qu'il s'agit d'une arme
extrêmement robuste et tant que l'on continuera à utiliser ce type
de munition que sont les balles chemisées, les kalachnikovs ne
cesseront pas de fonctionner. Mr Cochet rappelle que les kalachnikovs
sont des répliques des STG 44 allemands, qu'elles sont l’icône
de la guerre froide et également qu'elles renvoient à l'implosion
de l'URSS et à l'ouverture et à la propagation du stock soviétique
qu'il y a eu par la suite. Ces armes ont une image symbolique forte,
c'est l'arme par excellence de la guérilla et des conflits
asymétriques.
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