Alimenter les villes en
guerre. Une question stratégique de l’Antiquité à nos jours.
Intervenants:
-Thibaut Boulay, de
l’Université de Tours, spécialiste de la Grèce antique.
-Emmanuelle Cronier, de
l’Université d’Amiens, spécialiste de la 1ère guerre mondiale.
-Bruno Laurioux, de
Versailles-Saint-Quentin, spécialiste de l’occident médiéval.
-Patrick Rambourg, historien,
chercheur associé à LEA, Université de Tours.
-Jean-Pierre Williot, de
l’Université de Tours, spécialiste des Mondes moderne et contemporain.
Dans la salle Kléber-Loustau du
Conseil Général de Loir-et-Cher, les 5 intervenants ont abordé la question
primordiale du ravitaillement des villes en période de conflit, sous différents
angles: le ravitaillement, les aliments indispensables, les fragmentations de
population et les innovations culinaires.
Dans la Grèce antique, la Cité était
la structure politique de base, et constituait donc l’objectif principal des
soldats. Les Cités encourageaient les habitants à stocker des denrées à l’intérieur
des murs. Parfois, certaines villes menaient une « politique
publique » d’achat de grains, de vin et d’huile, les trois aliments
principaux, et les derniers à perdre. Une telle organisation permettait souvent
aux Cités de tenir les sièges, et les armées assaillantes devaient souvent
lever le camp, faute de moyens financiers, ou ne pouvant plus ravitailler leurs
troupes. Les seules innovations qui transparaissent dans les sources concernent
des légumes rapportés par les soldats d’Alexandre lors de son expédition en
Perse au IVème siècle avant J.-C., sans que les historiens puissent encore les identifier clairement.
Durant le Haut Moyen-âge (5ème-10ème
siècles), les villes occidentales n’étaient pas très développées. A partir du
12ème siècle environ, l’essor démographique et urbain a entraîné un
regain d’intérêt des seigneurs en guerre pour les villes. Les denrées les plus
importantes au Moyen-âge étaient bien sûr le blé et le vin, mais également le
poisson, pour les périodes de jeûne (environ 100 jours/an). La notion de bouche
inutile n’existait pas à l’époque médiévale, et plutôt que d’évacuer une partie
de la population d’une ville assiégée, les édiles et les commerçants jouaient
sur la qualité et la quantité de nourriture afin de nourrir tous les habitants.
A l’époque moderne, le risque de
guerre n’était pas intégré dans la gestion d’une ville. Dans le cas du siège de
Paris en 1590, les édiles n’eurent que deux semaines pour préparer les réserves
de nourriture, notamment la farine de blé, tandis que les armées d’Henri de Navarre
détruisaient les moulins autour de Paris. Durant les sièges de ville,
l’augmentation des prix des denrées pouvait entraîner des remous dans la
population, notamment contre les classes sociales les plus aisées, qui
voulaient continuer à consommer des produits de luxe, telles que les
pâtisseries. La pénurie de nourriture n’a pas entraîné l’apparition
d’innovation culinaire dans les traités de gastronomie, même s’il ne faut pas
éliminer la possibilité de nouvelles recettes.
A travers l’exemple de la 1ère
Guerre Mondiale, Emmanuelle Cronier a présenté le plan de ravitaillement des
villes contemporaines, notamment de Paris et du quart Nord-Est de la France. Si
l’aliment de 1ère nécessité reste le pain (et la viande pour les
soldats), le vin, quant à lui, perd de son importance dans l’alimentation. Le
caractère mondial du conflit de 14-18 a permis des transmissions en matière de
culture alimentaire, les troupes de chaque pays important avec leur logistique
des spécialités culinaires nouvelles en Europe. Les nombreux réfugiés, quant à
eux, étaient accueillis à Paris puis redirigé vers les campagnes du centre de
la France.
Martial Fermé
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