Enseigner
l’histoire de la guerre ou la guerre dans l’histoire, telle est la question à
laquelle vont tenter de répondre nos trois intervenants en direct de
l’Hémicycle de la Halle aux Grains devant un public non seulement composé de
professeurs comme nous aurions pu le présager mais également d’étudiants
passionnés d’histoire qui se destinent peut-être à ce métier.
L’histoire de
la guerre est de prime abord, indéniablement liée à celle des relations entre
Etats dès la fin du XVIIIème siècle nous expliquent Tristan Lecoq, inspecteur
général de l’Education nationale. Dans un bref bilan, il retrace l’évolution
des liens entre Etat et armée depuis la toute fin de la Guerre de Cent Ans avec
le début de l’armée permanente jusqu’à la fin du XXème siècle avec le
changement de nature militaire que prend la guerre : l’armée devient une
armée de masse composée de civils conjuguée à une mobilisation matérielle. Dans
un second temps, il fait le bilan de l’évolution des guerres des années 50 à nos
jours ; guerres qu’il juge irrégulières ou asymétriques dans le sens où
elles prennent désormais en compte la décolonisation et la dissuasion du
nucléaire. La guerre prend sans cesse de nouveaux visages, posant le problème
de sa légitimation. De guerre entre Etats, puis totales, elles deviennent peu à
peu des moyens de montrer la légitimation d’un Etat à prendre son indépendance
vis-à-vis d’un autre. Il en arrive à la conclusion que, encore aujourd’hui, notre
système de défense est toujours en chantier et qu’aucune règle stricte à ce
sujet ne reste établie.
Olivier
Chaline, professeur à l’université de Paris Sorbonne et spécialiste de
l’histoire et de l’archéologie maritime, prend ensuite la parole pour partir
sur un autre aspect du sujet : la guerre sur mer. Il montre que la mer,
avec les routes que les hommes y ont suivies, suscite des convoitises. La mer
est, explique-t-il, notamment un moyen d’atteindre l’économie ennemie par la
procuration de poissons ou encore de métaux précieux. La guerre maritime prend
toute son importance avec la guerre sous-marine de la Première Guerre Mondiale
puisqu’elle permet le débarquement des alliés. La Deuxième Guerre Mondiale et
la Guerre Froide marquent aussi des tournants dans l’histoire de la guerre
maritime avec la présence du nucléaire sur les mers. La mer est aussi un lieu
d’extraction des civils et le théâtre de frappes aériennes alors inconnues,
comme l’attaque de Pearl Harbour. Il s’agit donc de trouver des armes toujours
plus pointues pour faire la guerre et la mer devient alors un enjeu stratégique.
Enfin Olivier
Forcade, professeur à l’université de Paris, soulève la question de
l’enseignement de la guerre dans l’histoire au secondaire et dans le supérieur.
De façon très claire et concise, il fait ce que l’on pourrait appeler un « cours
pour les profs » en leur exposant les différentes étapes de l’enseignement
de la guerre ; sujet parfois jugé difficile car complexe à comprendre dans
son ensemble par les élèves. Il privilégie tout d’abord une approche au niveau
national de la guerre (montrer comment une nation s’engage dans la guerre et
comment celle-ci est ensuite perçue par une génération), avant d’élaborer une
approche comparée des conflits (il s’agit notamment de comparer les cadres
nationaux, factuels et juridiques ainsi que de voir les points en commun et les
divergences des deux partis entrant en guerre). Il voit ensuite poindre une
histoire transnationale (analyser les expériences des populations des deux pays
frontaliers) pour terminer par une vision globale. Il inclue finalement une
histoire collective des événements comme expression d’une époque puis, dans un
second temps, une histoire de l’individu qu’il considère comme un exemple
concret et de ce fait intéressant pour les élèves.
Marion Touillet et Margaux Degrenne.
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