mercredi 18 décembre 2013

"Enseigner la guerre"



           Enseigner l’histoire de la guerre ou la guerre dans l’histoire, telle est la question à laquelle vont tenter de répondre nos trois intervenants en direct de l’Hémicycle de la Halle aux Grains devant un public non seulement composé de professeurs comme nous aurions pu le présager mais également d’étudiants passionnés d’histoire qui se destinent peut-être à ce métier.

L’histoire de la guerre est de prime abord, indéniablement liée à celle des relations entre Etats dès la fin du XVIIIème siècle nous expliquent Tristan Lecoq, inspecteur général de l’Education nationale. Dans un bref bilan, il retrace l’évolution des liens entre Etat et armée depuis la toute fin de la Guerre de Cent Ans avec le début de l’armée permanente jusqu’à la fin du XXème siècle avec le changement de nature militaire que prend la guerre : l’armée devient une armée de masse composée de civils conjuguée à une mobilisation matérielle. Dans un second temps, il fait le bilan de l’évolution des guerres des années 50 à nos jours ; guerres qu’il juge irrégulières ou asymétriques dans le sens où elles prennent désormais en compte la décolonisation et la dissuasion du nucléaire. La guerre prend sans cesse de nouveaux visages, posant le problème de sa légitimation. De guerre entre Etats, puis totales, elles deviennent peu à peu des moyens de montrer la légitimation d’un Etat à prendre son indépendance vis-à-vis d’un autre. Il en arrive à la conclusion que, encore aujourd’hui, notre système de défense est toujours en chantier et qu’aucune règle stricte à ce sujet ne reste établie.  

Olivier Chaline, professeur à l’université de Paris Sorbonne et spécialiste de l’histoire et de l’archéologie maritime, prend ensuite la parole pour partir sur un autre aspect du sujet : la guerre sur mer. Il montre que la mer, avec les routes que les hommes y ont suivies, suscite des convoitises. La mer est, explique-t-il, notamment un moyen d’atteindre l’économie ennemie par la procuration de poissons ou encore de métaux précieux. La guerre maritime prend toute son importance avec la guerre sous-marine de la Première Guerre Mondiale puisqu’elle permet le débarquement des alliés. La Deuxième Guerre Mondiale et la Guerre Froide marquent aussi des tournants dans l’histoire de la guerre maritime avec la présence du nucléaire sur les mers. La mer est aussi un lieu d’extraction des civils et le théâtre de frappes aériennes alors inconnues, comme l’attaque de Pearl Harbour. Il s’agit donc de trouver des armes toujours plus pointues pour faire la guerre et la mer devient alors un enjeu stratégique.

Enfin Olivier Forcade, professeur à l’université de Paris, soulève la question de l’enseignement de la guerre dans l’histoire au secondaire et dans le supérieur. De façon très claire et concise, il fait ce que l’on pourrait appeler un « cours pour les profs » en leur exposant les différentes étapes de l’enseignement de la guerre ; sujet parfois jugé difficile car complexe à comprendre dans son ensemble par les élèves. Il privilégie tout d’abord une approche au niveau national de la guerre (montrer comment une nation s’engage dans la guerre et comment celle-ci est ensuite perçue par une génération), avant d’élaborer une approche comparée des conflits (il s’agit notamment de comparer les cadres nationaux, factuels et juridiques ainsi que de voir les points en commun et les divergences des deux partis entrant en guerre). Il voit ensuite poindre une histoire transnationale (analyser les expériences des populations des deux pays frontaliers) pour terminer par une vision globale. Il inclue finalement une histoire collective des événements comme expression d’une époque puis, dans un second temps, une histoire de l’individu qu’il considère comme un exemple concret et de ce fait intéressant pour les élèves.



Marion Touillet et Margaux Degrenne.

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