mercredi 18 décembre 2013

Normes et pratiques du massacre de l’Antiquité à nos jours.



Normes et pratiques du massacre de l’Antiquité à nos jours.

Intervenants:
-Johann Chapoutot, de l’Université de Grenoble, spécialiste en histoire contemporaine
-Jean-Claude Cheynet, de l’Université de Paris-Sorbonne, spécialiste de l’Empire byzantin.
-Christian Ingrao, directeur de recherche eu CNRS, spécialiste en histoire contemporaine.
-Guillaume Lasconjarias, chercheur au NATO Defense College, historien militaire.
-Giusto Traina, de l’Université de Paris-Sorbonne, spécialiste en histoire romaine.

            Le massacre est une notion différente du carnage, ou du génocide, et constitue un élément important de l’histoire sociale. Au fil des siècles, les massacres ont connu des évolutions, en terme juridique et moral.
            Dans l’Antiquité, les massacres étaient une pratique, non pas courante, mais acceptée, tacitement ou explicitement. Le cas de la guerre des Gaules, évoqué par Giusto Traina, est significatif: pour avoir fait massacrer deux peuples germaniques qui voulaient entrer en territoire gaulois, Jules César a été jugé, non pas pour le massacre des populations, mais parce que ce massacre était contraire aux pactes passés avec elles. À aucun moment de cette affaire, le sort des peuples Zeugipètes et Temptères n’a fait l’objet de compassion. Toutefois, si les excès de violence n’étaient pas réprimés, ils n’étaient pas non plus approuvés totalement.
            Dans l’Europe médiévale, les massacres étaient chose rare entre chrétiens. En revanche, lors des guerres au Proche-Orient pour la reconquête des Lieux Saints, on assiste à une brutalisation des comportements envers les musulmans. Lors des prises de villes, il était licite de tuer les hommes, de vendre femmes et enfants comme esclaves, et de piller les habitations. Cette violence avait pour cause le besoin de payer les soldats, souvent peu, mal ou pas payés. Ces massacres étaient moralement inacceptables pour des raisons religieuses évidentes: le 6ème Commandement, « Tu ne tueras point ». Du côté des musulmans, les normes du massacre étaient plus imprécises, protégeant globalement civils, sauf s’ils prenaient activement part aux combats.
            Au XVIème siècle, les batailles rangées se firent plus rares, au profit des sièges de villes, qui permettaient des prises importantes en cas de mise à sac. Le pillage d’une ville pouvait être légitime dans 3 cas: la nécessité stratégique, la dissuasion du camp/pays adverse, la motivation des troupes. Les guerres de religion entre protestants et catholiques entraînaient également de nombreux massacres de groupes, dont la cruauté était renforcée par une ferveur religieuse qui confinait parfois au fanatisme. Hors du cadre européen, les pratiques violentes étaient plus aisément acceptées par les autorités, du fait que les personnes qui faisaient l’objet de ces exactions n’étaient pas « civilisées » au sens occidental du terme (Amérindiens…).
            L’époque contemporaine voit une augmentation des massacres. Le XXème siècle est le siècle des agressions envers les soldats comme envers les civils. On peut mettre en évidence 3 multiplicateurs de la violence:
-la croissance démographique: une plus grande population mondiale implique une plus grande perte d’êtres humains acceptable.
-des sociétés industrialisées: un armement plus puissant (gaz, bombes…).
-une logistique très développée: pour déplacer des populations ou des soldats sur une longue distance et en grand nombre.
Les grandes utopies communiste, nazie et autres ont également entraîné des massacres de plus grande ampleur. Pour le XXème siècle, on peut typer les massacres en 3 catégories:
-les fusillades de masse: telles que la Shoah par balle, en 1940-42, avant la mise au point des chambres à gaz nazies.
-les bombardements: Tokyo en 1943, Hiroshima et Nagasaki en 1945
-les déportations décimatrices: le massacre des Arméniens, convoyés vers le désert.
Les nazis ont cumulé les 3 types de massacre, expliquant l’ampleur du résultat obtenu.
Martial Fermé

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire