Normes
et pratiques du massacre de l’Antiquité à nos jours.
Intervenants:
-Johann
Chapoutot, de l’Université de Grenoble, spécialiste en histoire contemporaine
-Jean-Claude
Cheynet, de l’Université de Paris-Sorbonne, spécialiste de l’Empire byzantin.
-Christian
Ingrao, directeur de recherche eu CNRS, spécialiste en histoire contemporaine.
-Guillaume
Lasconjarias, chercheur au NATO Defense College, historien militaire.
-Giusto
Traina, de l’Université de Paris-Sorbonne, spécialiste en histoire romaine.
Le massacre est une notion
différente du carnage, ou du génocide, et constitue un élément important de
l’histoire sociale. Au fil des siècles, les massacres ont connu des évolutions,
en terme juridique et moral.
Dans l’Antiquité, les massacres
étaient une pratique, non pas courante, mais acceptée, tacitement ou
explicitement. Le cas de la guerre des Gaules, évoqué par Giusto Traina, est
significatif: pour avoir fait massacrer deux peuples germaniques qui voulaient
entrer en territoire gaulois, Jules César a été jugé, non pas pour le massacre
des populations, mais parce que ce massacre était contraire aux pactes passés
avec elles. À aucun moment de cette affaire, le sort des peuples Zeugipètes et
Temptères n’a fait l’objet de compassion. Toutefois, si les excès de violence
n’étaient pas réprimés, ils n’étaient pas non plus approuvés totalement.
Dans l’Europe médiévale, les
massacres étaient chose rare entre chrétiens. En revanche, lors des guerres au
Proche-Orient pour la reconquête des Lieux Saints, on assiste à une
brutalisation des comportements envers les musulmans. Lors des prises de
villes, il était licite de tuer les hommes, de vendre femmes et enfants comme
esclaves, et de piller les habitations. Cette violence avait pour cause le
besoin de payer les soldats, souvent peu, mal ou pas payés. Ces massacres étaient
moralement inacceptables pour des raisons religieuses évidentes: le 6ème
Commandement, « Tu ne tueras point ». Du côté des musulmans, les
normes du massacre étaient plus imprécises, protégeant globalement civils, sauf
s’ils prenaient activement part aux combats.
Au XVIème siècle, les batailles
rangées se firent plus rares, au profit des sièges de villes, qui permettaient
des prises importantes en cas de mise à sac. Le pillage d’une ville pouvait
être légitime dans 3 cas: la nécessité stratégique, la dissuasion du camp/pays
adverse, la motivation des troupes. Les guerres de religion entre protestants
et catholiques entraînaient également de nombreux massacres de groupes, dont la
cruauté était renforcée par une ferveur religieuse qui confinait parfois au
fanatisme. Hors du cadre européen, les pratiques violentes étaient plus aisément
acceptées par les autorités, du fait que les personnes qui faisaient l’objet de
ces exactions n’étaient pas « civilisées » au sens occidental du terme (Amérindiens…).
L’époque contemporaine voit une
augmentation des massacres. Le XXème siècle est le siècle des agressions envers
les soldats comme envers les civils. On peut mettre en évidence 3
multiplicateurs de la violence:
-la
croissance démographique: une plus grande population mondiale implique une plus
grande perte d’êtres humains acceptable.
-des
sociétés industrialisées: un armement plus puissant (gaz, bombes…).
-une
logistique très développée: pour déplacer des populations ou des soldats sur une longue distance et en grand nombre.
Les
grandes utopies communiste, nazie et autres ont également entraîné des
massacres de plus grande ampleur. Pour le XXème siècle, on peut typer les
massacres en 3 catégories:
-les
fusillades de masse: telles que la Shoah par balle, en 1940-42, avant la mise
au point des chambres à gaz nazies.
-les
bombardements: Tokyo en 1943, Hiroshima et Nagasaki en 1945
-les
déportations décimatrices: le massacre des Arméniens, convoyés vers le désert.
Les
nazis ont cumulé les 3 types de massacre, expliquant l’ampleur du résultat
obtenu.
Martial Fermé
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