mercredi 18 décembre 2013

Peut-on parler d’une brutalisation de la guerre à la Renaissance ?



Peut-on parler d’une brutalisation de la guerre à la Renaissance ?

Intervenants:
-Pascal Brioist, du CESR de Tours, spécialiste en histoire culturelle.
-Benjamin Deruelle, de l’Université de Lille III, spécialiste des guerres d’Italie.
-Jean-Louis Fournel, de l’Université de Paris VIII, spécialiste de la Renaissance italienne.
-Simon Galli, doctorant à l’Université de Tours, travaillant sur l’entraînement des soldats de la Renaissance.
-Laurent Henninger, de l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire.
-Paul-Alexis Mellet, de l’Université de Tours, spécialiste des guerres de religion.

            Le concept de brutalisation de la guerre fait référence à un accroissement de la violence, que les historiens observent à certaines périodes, à travers les textes et autres sources. La problématique de la conférence est donc de déterminer si la Renaissance (XV-XVIème siècles) a été une période de brutalité guerrière importante ou non. A travers les différents types de guerre observés à la Renaissance, les intervenants tentent de définir une réponse.
            Les guerres d’Italie, commencées avec Charles VIII de France, ont introduit une brutalité nouvelle dans les actions militaires. La campagne de 1494 vers Naples fut violente dans le but de faire plier l’ennemi plus facilement et d’arriver rapidement en Italie du Sud (moins de 6 mois pour aller de la région parisienne à Naples). Les sacs des villes, pour payer les soldats, entraînèrent également des massacres de populations civiles et chrétiennes, nouveaux dans leur ampleur comme dans leur cruauté.
            Les guerres de conquête du Nouveau Monde, notamment la colonisation du Québec, furent également l’occasion de voir s’exprimer une cruauté des soldats, éloignés du pouvoir royal (qu’il soit français et anglais en Amérique du Nord, ou castillan et portugais en Amérique du Sud). La colonisation du Québec se fit par l’installation de colons français, souvent des délinquants condamnés par la justice ou des prisonniers de guerre, ce qui entraîna des massacres, tant dans les populations autochtones que chez les colons eux-mêmes.
            En Europe occidentale, les guerres civiles de religion entre catholiques et protestants virent aussi un accroissement de la brutalité, confinant parfois à la bestialité. À travers une gravure du XVIème siècle sur la Conjuration d’Amboise en 1560, P.-A. Mellet a évoqué la brutalité des catholiques et des protestants engagés dans ces conflits, une brutalité accrue par la ferveur religieuse qui exacerba la cruauté des belligérants. Les violences sur les corps furent assez éloquentes: pendaisons, noyades, découpages des membres…

L'execution des protestants de la Conjuration d'Amboise en février 1560,
gravure de Tortorel et Perrissin (environ 1565-70)
            
 Comment expliquer cet accroissement de brutalité ?
            Tout d’abord, par les changements des armées à la Renaissance. La taille des armées augmente de manière significative, faisant une plus grande part à la piétaille, tandis que les armées médiévales se composaient en plus grande part par la noblesse, mieux éduquée, civilisée et moralisée. Plus de soldats mal contrôlés entraîne donc plus d’exactions sur les groupes adverses, qu’ils soient civils ou militaire. Et ce malgré une répression des actes brutaux par les officiers.
            L’autre facteur expliquant la cruauté nouvelle à la Renaissance est le déplacement du seuil de violence tolérable. En effet, les dimensions psychiques de la guerre changent en même temps que les armées. Des armées de plus grande taille implique un nombre de morts acceptables plus grand, mais la proportion de pertes reste sensiblement la même. De plus, l’augmentation des sacs de villes, brutaux, entraîne de plus en plus les populations assiégées à entreprendre des actions désespérées contre les assaillants, qui se déchaînent dans la violence une fois la ville prise.
            Il faut néanmoins nuancer cette brutalité guerrière par le développement d’un discours humanisant. En parallèle des massacres, une importante production intellectuelle et réglementaire a pour objets la protection des populations civiles, les droits des prisonniers, ainsi qu’une répression de la violence des soldats par des ordonnances royales.
Martial Fermé

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