Conférence animée par Alessandro Barbero, professeur à
l'université du Piémont Oriental, Gérard Chaliand, spécialiste de
l'étude des conflits armés et des relations internationales et
stratégiques, Jean Lévi, spécialiste de la Chine et directeur de
recherche au CNRS ainsi que Giusto Traina, professeur à l'université
de Paris I Panthéon-Sorbonne.
Mr Traina a été le premier à prendre la parole pour
tenter de répondre à cette question. Pour lui, nous pouvons parler
d'un art de la guerre inculqué aux jeunes aristocrates de
l'antiquité afin qu'ils puissent entrer dans la société. L'époque
hellénistique apporte un changement dans l'art de la guerre, si ce
dernier conserve son sens aristocratique, les différents changements
sociaux amènent les citoyens dans l'apprentissage de cet art. On
peut dès lors observer une mécanisation progressive de la guerre
avec le développement de machines de sièges (poliorcétique) et une
augmentation du mercenariat. Les différents traités de stratégies
de la période ancienne se concentrent sur les machines, notamment
celles de jets. S'il existe à partir de cet instant une formation à
l'usage de ces différentes machines, on ne peut cependant pas parler
d'une science de la guerre mais d'une technique militaire
particulière.
Mr Lévi pense quant à lui que la guerre regroupe des
réalités diverses avec ses différents moyens et ses conséquences.
Ainsi les guerres archaïques ne sont pas comparables avec les
guerres médiévales. La science peut être entendue comme un
ensemble de compétences, la guerre est une technique et le maniement
des armes est appris à toutes les époques. En Chine, on retrouve
des réflexions stratégiques et des ouvrages techniques. Il existe
des ouvrages qui expliquent comment détourner les fleuves afin
d'inonder une ville. Il existe également des traités de
divinations, beaucoup de dirigeants sont d'ailleurs des spécialistes
des arts divinatoires et oraculaires. La guerre vue par les chinois
se gagne par la connaissance de l'adversaire, pour cela il faut user
d'espionnage, de subversion et même de l'élimination du personnel
compétent afin de couper la tête de l'adversaire.
Selon Mr Barbero, les spécialistes ont longtemps pensé
que les guerres médiévales étaient irréfléchies. Mais les
batailles mal conduites existent à toute époque. On peut observer
un certain respect des combattants, la guerre est une affaire de ruse
et d'expérience. On observe l'émergence d'une psychologie des
combattants. Si le conseil de guerre est discrédité par Napoléon,
qui prend toutes les décisions en tant que chef de l'armée, il n'en
est pas de même au Moyen-Age où il faut discuter.
Pour Mr Chaliand, le modèle du héros est véhiculé à
travers l'épopée. La guerre est une activité humaine qui s'est
toujours pratiquée et qui se pratiquera toujours. La guerre s'est
ritualisée, théorisée par Clausewitz. Les guerres d'aujourd'hui
sont irrégulières et les grands pays ne s'affrontent pas par peur
d'une guerre nucléaire. La tactique de la guérilla affaiblit
l'armée régulière comme les Français l'ont constatée en
Indochine. Le secret est de s'adapter à la façon de combattre de
l'ennemi, le comprendre. Dès les premières heures de l'humanité,
la chasse représente l'apprentissage de la guerre, mais c'est en
faisant la guerre qu'on apprend comment elle se fait.
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