vendredi 20 décembre 2013

Y a-t-il une science de la Guerre ?

                 Conférence animée par Alessandro Barbero, professeur à l'université du Piémont Oriental, Gérard Chaliand, spécialiste de l'étude des conflits armés et des relations internationales et stratégiques, Jean Lévi, spécialiste de la Chine et directeur de recherche au CNRS ainsi que Giusto Traina, professeur à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Mr Traina a été le premier à prendre la parole pour tenter de répondre à cette question. Pour lui, nous pouvons parler d'un art de la guerre inculqué aux jeunes aristocrates de l'antiquité afin qu'ils puissent entrer dans la société. L'époque hellénistique apporte un changement dans l'art de la guerre, si ce dernier conserve son sens aristocratique, les différents changements sociaux amènent les citoyens dans l'apprentissage de cet art. On peut dès lors observer une mécanisation progressive de la guerre avec le développement de machines de sièges (poliorcétique) et une augmentation du mercenariat. Les différents traités de stratégies de la période ancienne se concentrent sur les machines, notamment celles de jets. S'il existe à partir de cet instant une formation à l'usage de ces différentes machines, on ne peut cependant pas parler d'une science de la guerre mais d'une technique militaire particulière.

Mr Lévi pense quant à lui que la guerre regroupe des réalités diverses avec ses différents moyens et ses conséquences. Ainsi les guerres archaïques ne sont pas comparables avec les guerres médiévales. La science peut être entendue comme un ensemble de compétences, la guerre est une technique et le maniement des armes est appris à toutes les époques. En Chine, on retrouve des réflexions stratégiques et des ouvrages techniques. Il existe des ouvrages qui expliquent comment détourner les fleuves afin d'inonder une ville. Il existe également des traités de divinations, beaucoup de dirigeants sont d'ailleurs des spécialistes des arts divinatoires et oraculaires. La guerre vue par les chinois se gagne par la connaissance de l'adversaire, pour cela il faut user d'espionnage, de subversion et même de l'élimination du personnel compétent afin de couper la tête de l'adversaire.

Selon Mr Barbero, les spécialistes ont longtemps pensé que les guerres médiévales étaient irréfléchies. Mais les batailles mal conduites existent à toute époque. On peut observer un certain respect des combattants, la guerre est une affaire de ruse et d'expérience. On observe l'émergence d'une psychologie des combattants. Si le conseil de guerre est discrédité par Napoléon, qui prend toutes les décisions en tant que chef de l'armée, il n'en est pas de même au Moyen-Age où il faut discuter.


Pour Mr Chaliand, le modèle du héros est véhiculé à travers l'épopée. La guerre est une activité humaine qui s'est toujours pratiquée et qui se pratiquera toujours. La guerre s'est ritualisée, théorisée par Clausewitz. Les guerres d'aujourd'hui sont irrégulières et les grands pays ne s'affrontent pas par peur d'une guerre nucléaire. La tactique de la guérilla affaiblit l'armée régulière comme les Français l'ont constatée en Indochine. Le secret est de s'adapter à la façon de combattre de l'ennemi, le comprendre. Dès les premières heures de l'humanité, la chasse représente l'apprentissage de la guerre, mais c'est en faisant la guerre qu'on apprend comment elle se fait.  

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