mercredi 18 décembre 2013

Il faut manger pour vaincre. La nourriture aux armées.



Il faut manger pour vaincre. La nourriture aux armées.

Intervenants:
-Emmanuelle Cronier, de l’Université d’Amiens, spécialiste de la 1ère guerre mondiale.
-Bruno Laurioux, de Versailles-Saint-Quentin, spécialiste de l’occident médiéval.
-Dominique Biloghi, de l’Université de Montpellier III, spécialiste de la Bretagne moderne.
-Patrice Faure, de l’Université de Lyon III, spécialiste de la période romaine.

            La table ronde, organisée dans le petit amphi 2 de l’Université de droit de Blois, était orchestrée par Bruno Laurioux, qui n’a pu que très peu parler du sujet pour la période médiévale.
            Dans l’armée romaine, les soldats bénéficiaient d’une nourriture de qualité respectable, et relativement variée, notamment à partir du Ier siècle de nôtre ère et la fin des conquêtes. Les garnisons vivaient sur les ressources des terroirs locaux, si possible en payant les denrées prises aux populations. L’ordinaire se composait de céréales, de viande (notamment le porc), de légumes secs, de gâteaux les jours de fêtes. Les soldats pouvaient acheter sur leur solde du vin ou d’autres denrées non fournies par le règlement des camps. Les repas étaient préparés par les soldats de chaque chambrée, et pris entre eux. Les officiers les plus fortunés pouvaient faire venir des denrées spéciales des autres régions de l’Empire, telles que de l’huile d’olive ou des vins de Grèce, et participaient ainsi à une diffusion de la culture méditerranéenne, sur le long terme.
            Durant les conflits du Moyen-âge, les cuisiniers suivaient l’ost avec les convois de ravitaillement, souvent lourds et encombrants. Ces convois faisaient des prises de guerre précieuses, permettant d’affamer les soldats ennemis et de ravitailler ceux de l’assaillant.
            Au XVIIIème siècle, les textes réglementaires des armées prévoyaient la fourniture de pain, de viande et de vin pour tous les soldats. Mais les quantités citées par ces textes étaient théoriques, et la logistique n’était souvent pas assez efficace pour permettre un ravitaillement satisfaisant. La pratique du pillage, notamment en pays conquis, était donc courante à l’époque moderne, jusqu’aux lois de Louis XIV, qui introduisirent une forme de civilisation de la guerre, en interdisant le pillage et instaurant le paiement des denrées prises aux populations (en théorie). Les officiers faisaient une consommation de denrées luxueuses, certains allant jusqu’à tenir table ouverte pendant les conflits, malgré des lois interdisant un faste trop important des officiers en guerre. Les repas étaient préparés en petits groupes, parfois avec l’aide de cantinières. Les campagnes militaires étaient l’occasion pour les hommes de découvrir des aliments nouveaux et d’échanger des spécialités culinaires. Ainsi, la diffusion de la pomme de terre en Bretagne sous le règne de Louis XVI (1776-1792).
            L’exemple de la 1ère Guerre Mondiale, cité pour présenter le ravitaillement des armées à l’époque contemporaine, nous donnent à voir une nourriture d’une qualité moyenne voire médiocre, ceci étant lié au nombre important de soldats mobilisés. Le côté nutritionnel de la nourriture était privilégié au détriment du critère de qualité des repas. Soupe à base de féculents, viande en conserve (notamment le bœuf en boîte venant des conserveries de Chicago) constituaient le « rata » quotidien du poilu. Cet ordinaire était amélioré par les colis envoyés par les familles des soldats depuis l’arrière. Ces colis permettaient des échanges de spécialités locales entre soldats de provinces où de pays différents, permettant ainsi (pour ne citer qu’eux) la diffusion du thé anglais en France et des vins français en Amérique.
Martial Fermé

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