Il
faut manger pour vaincre. La nourriture aux armées.
Intervenants:
-Emmanuelle
Cronier, de l’Université d’Amiens, spécialiste de la 1ère guerre
mondiale.
-Bruno
Laurioux, de Versailles-Saint-Quentin, spécialiste de l’occident médiéval.
-Dominique
Biloghi, de l’Université de Montpellier III, spécialiste de la Bretagne
moderne.
-Patrice
Faure, de l’Université de Lyon III, spécialiste de la période romaine.
La table ronde, organisée dans le
petit amphi 2 de l’Université de droit de Blois, était orchestrée par Bruno
Laurioux, qui n’a pu que très peu parler du sujet pour la période médiévale.
Dans l’armée romaine, les soldats
bénéficiaient d’une nourriture de qualité respectable, et relativement variée,
notamment à partir du Ier siècle de nôtre ère et la fin des conquêtes. Les
garnisons vivaient sur les ressources des terroirs locaux, si possible en payant
les denrées prises aux populations. L’ordinaire se composait de céréales, de
viande (notamment le porc), de légumes secs, de gâteaux les jours de fêtes. Les
soldats pouvaient acheter sur leur solde du vin ou d’autres denrées non
fournies par le règlement des camps. Les repas étaient préparés par les soldats
de chaque chambrée, et pris entre eux. Les officiers les plus fortunés
pouvaient faire venir des denrées spéciales des autres régions de l’Empire,
telles que de l’huile d’olive ou des vins de Grèce, et participaient ainsi à
une diffusion de la culture méditerranéenne, sur le long terme.
Durant les conflits du Moyen-âge,
les cuisiniers suivaient l’ost avec les convois de ravitaillement, souvent
lourds et encombrants. Ces convois faisaient des prises de guerre précieuses,
permettant d’affamer les soldats ennemis et de ravitailler ceux de
l’assaillant.
Au XVIIIème siècle, les textes
réglementaires des armées prévoyaient la fourniture de pain, de viande et de
vin pour tous les soldats. Mais les quantités citées par ces textes étaient
théoriques, et la logistique n’était souvent pas assez efficace pour permettre
un ravitaillement satisfaisant. La pratique du pillage, notamment en pays
conquis, était donc courante à l’époque moderne, jusqu’aux lois de Louis XIV,
qui introduisirent une forme de civilisation de la guerre, en interdisant le
pillage et instaurant le paiement des denrées prises aux populations (en
théorie). Les officiers faisaient une consommation de denrées luxueuses,
certains allant jusqu’à tenir table ouverte pendant les conflits, malgré des
lois interdisant un faste trop important des officiers en guerre. Les repas
étaient préparés en petits groupes, parfois avec l’aide de cantinières. Les
campagnes militaires étaient l’occasion pour les hommes de découvrir des
aliments nouveaux et d’échanger des spécialités culinaires. Ainsi, la diffusion
de la pomme de terre en Bretagne sous le règne de Louis XVI (1776-1792).
L’exemple de la 1ère
Guerre Mondiale, cité pour présenter le ravitaillement des armées à l’époque
contemporaine, nous donnent à voir une nourriture d’une qualité moyenne voire
médiocre, ceci étant lié au nombre important de soldats mobilisés. Le côté
nutritionnel de la nourriture était privilégié au détriment du critère de
qualité des repas. Soupe à base de féculents, viande en conserve (notamment le
bœuf en boîte venant des conserveries de Chicago) constituaient le
« rata » quotidien du poilu. Cet ordinaire était amélioré par les
colis envoyés par les familles des soldats depuis l’arrière. Ces colis
permettaient des échanges de spécialités locales entre soldats de provinces où
de pays différents, permettant ainsi (pour ne citer qu’eux) la diffusion du thé
anglais en France et des vins français en Amérique.
Martial Fermé
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