Conférence avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la
Défense et Natalie Nougayrède, directrice du journal Le Monde.
Mr Le Drian commence par rappeler que les soldats
français se battent au corps à corps dans le nord du Mali, certains
y ont même laissé la vie. Les soldats au sol reçoivent l'aide des
avions Rafale et des drones qui leur communiquent des images. Le
service historique de la Défense fournit des cartes détaillées aux
militaires.
Mme Nougayrède : Lorsque l'on parle de la guerre
en France il y a une notion humanitaire d'aide aux populations
civiles en périls. L'argument humanitaire est le plus convaincant
pour la population et le plus facile à porter pour les politiques.
L'intervention au Kosovo est présentée comme humanitaire.
Cependant, les enjeux de sécurité et de stabilisation de cette
partie de l'Europe ont été moins étalés. L'intervention au Mali
devait servir à porter secours à des populations mais également à
sécuriser des affaires. La France dit être prête à intervenir en
Syrie pour limiter l'utilisation des armes chimiques, le vocabulaire
moins humanitaire a compliqué la situation vis à vis de la
population.
Mr Le Drian : La France n'est pas prête à engager
la vie de ses soldats dans une opération humanitaire. De multiples
déclarations ont été faites pour faire stopper les massacres en
Syrie, l'opinion publique n'a jamais été favorable à une
intervention strictement humanitaire. L'utilisation d'armes chimiques
est une attaque aux principes fondamentaux de vie sur la planète.
Une opération est donc en cours pour détruire tout le matériel
chimique. Pourquoi la France ? Car elle fait partie du Conseil
de Sécurité de l'ONU et parce que nous avons les moyens de le
faire. Sur le même territoire, il y a une guerre civile et des
fondamentalismes qui entrent en jeu. Mr Hollande dit avoir gagné la
guerre au Mali, le mot guerre est mal vu, nous avons remporté la
victoire car nous avons rempli les objectifs que nous nous étions
fixés, à savoir : arrêter les djihadistes, retrouver
l'intégrité territoriale du Mali et aider la démocratie à se
relever. Il y a trois conditions pour déclarer la guerre, la
légitimité de l'action (une action engagée correspond à la charte
des Nations Unies), l'aspect moral de l'action et enfin la sécurité.
La guerre n'est pas un acte ni technique, ni médiatique, elle engage
la nation.
Mme Nougayrède : La France est une gardienne du
temple de l'ONU, elle serait d'accord pour renoncer au droit de veto
selon Laurent Fabius.
Mr Le Drian : Le problème du droit de veto est
qu'il nous empêche d'agir. Le chef de l’État peut être amené à
prendre des décisions sans tenir compte de l'avis de la nation. La
France a des capacités comme la dissuasion nucléaire, nous étions
seuls au Mali au début, mais nos capacités nous ont permis
d'imposer nos obligations.
Mme Nougayrède : La France n'a t-elle pas agit car
il s'agissait d'une ancienne colonie ?
Mr Le Drian : Nous sommes intervenus suite à un
appel au secours des autorités maliennes.
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