«Vous
attendez pour la conférence de Marc Ferro ?», «C'est la file
d'attente pour Marc Ferro ?». C'est l'homme du jour que l'on attend.
Une foule immense se presse devant les portes de l'amphithéâtre.
Attente. Enfin ! Il fait son entrée. Une entrée très applaudie,
preuve de reconnaissance pour un homme admirable et admiré. Dès ses
premières paroles, Marc Ferro captive la salle en racontant ses
souvenirs de guerre avec émotion, humour et prise de distance.
Il
est avant tout un «acteur-combattant de la Seconde Guerre mondiale».
Alors qu'il est étudiant en 1943, l'arrivée des Allemands dans le
Vercors en septembre provoque un changement d'esprit parmi ses
camarades qui veulent réagir aux exécutions et aux réquisitions
des envahisseurs. Une première mission lui est confiée mais le
réseau va être arrêté. Marc Ferro a pu se cacher à temps et
quelques jours plus tard, on va l'emmener au maquis de Saint-Martin
en Vercors. Il intègre alors un bataillon de chasseurs alpins, où
il est entraîné pour la résistance. Étudiant en géographie, il
est rapidement réquisitionné pour la cartographie, puis en tant que
téléphoniste. Il devient «celui qui sait tout sur tout».
Les
Allemands arrivent les 15 et 16 juillet 1944 dans le Vercors avec
environ 12 000 hommes contre 2 400 résistants peu armés. C'est la
défaite assurée. L'ordre de dispersion est donné. Marc Ferro se
retrouve alors avec un groupe d'une vingtaine de personnes qui
tentent de se dissimuler dans la forêt en évitant soigneusement les
mines qu'ils avaient posés au préalable. Par un tirage au sort, il
est désigné pour le ravitaillement, et descend de nuit avec un
camarade dans la vallée. Ils ne sont pas bien reçus car les
Allemands surveillent la quantité de nourriture dont dispose chaque
famille, et en cas de manques, ils n'hésitent pas à les fusiller.
Alors qu'il tente avec un nouveau groupe de regagner discrètement
Grenoble, il est accueilli dignement par la population : la ville
était libre, mais lui et son groupe n'en savait rien. Marc Ferro
souligne alors un problème important de la résistance qui est celui
de l'organisation, et de la communication des informations.
Ce
résistant est aussi un historien. Après la guerre, il reprend ses
études et souhaite passer son diplôme d'études supérieures en
histoire contemporaine. Son professeur lui propose alors de
travailler sur le maquis du Vercors. Mais Marc Ferro refuse car il a
une vision de l'Histoire dans le passé et non dans le présent. Cela
pose le problème des limites de l'Histoire mais aussi du contexte
dans lequel un historien peut écrire. En effet, l'après-guerre est
sujet à la dénonciation des crimes de guerre. Or, Marc Ferro a
raconté avec émotion qu'il avait été ordonné de tuer l'un de ses
camarades français pris de panique lors d'une mission. Heureusement
pour lui, ce dernier avait repris ses esprits. Marc Ferro aurait pu
être condamné pour avoir tuer un compatriote français. Il va
écrire son expérience seulement cinquante ans plus tard car il «ne
voulait pas écrire aussitôt». C'est l'historien rescapé qui se
révèle, et qui ne souhaite pas laisser planer des idées fausses
sur des faits qu'il a vécu et dont lui seul sait plus que tout autre
la vérité. C'est donc le problème des sources historiques qui est
mis en évidence.
C'est
donc une réflexion sur l'Histoire et la façon de l'appréhender qui
se révèle à travers ce témoignage troublant. Le contexte des
faits et celui de l'écriture des faits sont à prendre en compte.
L’Histoire impose plusieurs points de vue selon la place des
acteurs d'un événement dans les faits. 17h10 : Marc Ferro n'a pas
terminé son récit mais il est contraint de s'arrêter afin de
respecter les horaires du programme. Huée dans la salle.
Mécontentement général de ne pas pouvoir écouter plus longtemps
un témoin et acteur qui émeut l'amphithéâtre. "On aurait pu
rester encore des heures à l'écouter..."
Margaux Degrenne et Alexandra Buron.
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